Tout savoir sur le cheval au Moyen Âge

Histoire -

Tout savoir sur le Cheval au Moyen Âge

de lecture - mots

Durant des siècles, le cheval eut une énorme utilité dans la vie des Hommes. Il se faisait chauffeur lorsque l'on devait voyager, laboureur lorsque nous devions manger ou encore compagnon d'arme lorsque l'ennemi toquait à notre porte. Alors certes, son utilité a grandement chuté lors de l'époque Moderne avec l'invention de plusieurs machines capables de faire le même travail que lui ; mais il restera, avec le chien, l'animal avec lequel nous avons noué des liens indéfectibles !

Restez avec moi pendant les 10 prochaines minutes pour tout savoir sur la vie des chevaux au Moyen Âge !

Avant de commencer cet article, je me dois de rappeler que le Moyen-Âge n'était pas réellement une période obscurantiste où tout le monde était arriéré et délirant. L'image négative que le Moyen Âge traîne péniblement fut inventée et popularisée par les nobles de la Renaissance qui souhaitaient que leur ère soit mise en valeur.

Nous allons donc, ensemble, passer outre la Renaissance et ses fake news – comme on pourrait le dire aujourd'hui – et se concentrer pleinement sur le rôle qu'ont joué nos meilleurs amis (les chevaux) pendant le Moyen Âge.


Publicité pour un collier chevalier


I - LES TROIS TYPES DE CHEVAUX

Les chevaux avaient différents types de distinction qui permettaient de déterminer leur usage dans la société. C'est d'ailleurs toujours le cas, bien que les appellations de l'époque étaient moins précises et basées sur d'autres critères que les nôtres. Nous pouvons, par exemple, citer l'auteur Isidore de Séville (~560-636) lorsqu'il souligne les différents types de chevaux : “Il y a trois sortes de chevaux : l'un est bien élevé, adapté aux batailles et aux cavaliers, le second, commun et ordinaire, adapté au travail de trait et non à l'équitation, le troisième est issu d'un mélange de différentes espèces, que l'on appelle hybride.”


Illustration d'un Champ de Bataille avec des Chevaux

Illustration de chevaux de guerre en action dans un champ de bataille – Paolo Uccello


LE RONCIN

Le roncin (ou roussin) était le cheval ordinaire, de la vie de tous les jours. On l'utilisait partout où il était utile d'avoir un cheval (agriculture, guerre, etc). En Agriculture, les paysans s'en servaient comme cheval de bât ou d'attelage.

Comme souligné plus haut, le roussin était aussi utilisé pour faire la guerre. En effet, les chevaliers qui n'avaient pas l'argent pour avoir un destrier s'en servaient pour aller au combat. Il était aussi utilisé par les apprentis cavaliers/chevaliers et dans certains autres cas bien précis, où il était plus efficace qu'un destrier, comme en Angleterre en 1327, où l'on envoya des roncins en masse pour combattre car ils étaient plus rapides.

→ Le cheval de bât est un cheval servant à porter des poids lourds sur de grandes distances. Vous pouvez très bien le comparer à un petit camion de nos jours.

→ L'attelage, quant à lui, servait à tracter les calèches pour transporter des personnes ou des marchandises que des chevaux de bât ne pouvaient pas porter sur leur dos.

 

Illustration de la Bataille de Poitiers

Illustration de la bataille de Poitiers avec différent types de chevaux – 1356


LES DESTRIERS

Pendant l'Antiquité, il était de coutume d'utiliser des chevaux légers et rapides qui n'étaient pas forcément adaptés à porter une masse lourde. Mais une partie de l'Europe (dont la France) commencera à utiliser, pour se battre, une cavalerie lourde dotée d'une armure pesant 18 à 32 kg – pendant que les civilisations de l'Est continuaient d'utiliser et de développer des cavaleries légères composées d'archers.

C'est lorsque nous commencerons à former des cavaleries lourdes que le destrier révèlera tout son potentiel. Il était plus fort et plus résistant que les chevaux habituels. Cependant, il ne faut pas le confondre avec chevaux de trait actuels. Le destrier était fort mais plutôt svelte, il n'était pas aussi large et grand qu'un cheval de trait.

Nous utilisions aussi le destrier pour des tournois médiévaux, dont le principal consistait à faire combattre deux chevaliers en armure avec des lances dans une arène allongée – semblable à une cours olympique, au sein de laquelle les athlètes courraient à contresens.


Tournois médiéval sur des destriers

Illustration d'un tournoi médiéval avec deux chevaliers sur leur destrier – 


LE COURSIER

Le coursier, quant à lui, était un cheval conçu également pour la guerre, mais qui était beaucoup plus rapide que les destriers. Il était plutôt utilisé dans un contexte de cavalerie légère. À l'image du roussin, il coûtait moins cher et était beaucoup plus courant que le destrier qui lui, était destiné aux chevaliers les plus prestigieux.


II - LES DIFFÉRENTS USAGES DES CHEVAUX

UTILISATION COMME MOYEN DE TRANSPORT

Au Moyen Âge, le cheval était très souvent utilisé comme moyen de locomotion – pour vous situer, nous étions presque 1 500 ans avant qu'il ne soit remplacé par les voitures modernes dans les années 1910, sujet que j'aborde en profondeur dans notre article dédié à la légende de Seabiscuit.

Barthélémy l'Anglais fut l'un des premiers à avoir mentionné l'utilisation des équidés pour transporter les Humains : “[à propos d'un poulain] à qui l'on a appris de nombreuses manières de se déplacer facilement et en douceur.”

Les transports avec l'aide des chevaux étaient monnaie courante au Moyen Âge. Toutes les classes sociales utilisaient ces grandes bêtes pour se déplacer sur de longues distances. Lorsque Barthélémy l'Anglais parle du poulain, il décrit le moment où on lui apprit à tirer une charrette ou un chariot de manière à rendre les voyages les plus doux possibles. Les chevaux étaient utilisés par les personnes ordinaires lors de longs trajets ; mais les trajets plus courts (comme les trajets intra-muros) étaient souvent réservés à la noblesse car nécessitaient une location coûteuse – comme nous allons le voir dans la suite de cet article.


Photos de calèches modernes

Photos de calèches modernes – Photo 2 : Jean Cagnon


LES ÉQUIDÉS DANS L'AGRICULTURE

L'invention du collier d'épaule ainsi que de la charrue apportera un véritable boom à l'agriculture. Les chevaux et les boeufs étaient prisés et pouvaient récolter bien plus rapidement et efficacement qu'auparavant. Dès lors, les paysans eurent à choisir entre utiliser des boeufs ou des chevaux lors de leurs récoltes. Le choix le plus fréquent se portait sur les chevaux, bien qu'ils étaient plus difficiles à nourrir.

Cette idée a notamment été émise par Christopher Dyer : “En tant qu'animaux de labour, les chevaux donnaient également plus de vitesse. Alors qu'un attelage de boeufs ne pouvait labourer qu'une demi-acre en une journée, un attelage mixte pouvait labourer une pleine acre. Lorsqu'un attelage de boeufs de labour comprenait souvent huit animaux, un attelage de chevaux en comprenait six au maximum, et souvent quatre ou même deux, ...”

Au passage et contrairement aux idées reçues qui doivent encore venir des fakes news de la Renaissance – qui deviendront par devenir un gag récurrent, le cheval n'était pas particulièrement maltraité et surexploité jusqu'à sa mort. Dans bien des situations, il constituait l'une des seules richesses du paysan ; il était donc chéri et soigné au même titre qu'un membre de la famille.


Extrait du Luttrell Palter avec un cheval

Paysan anglais labourant avec son cheval et une charrue – British Library, (~1335)


LA CHASSE À COURRE AU MOYEN ÂGE

Hormis son utilité sur les champs de bataille, le cheval coursier était également plébiscité pour sa vitesse et son athlétisme lors des parties de chasse à courre. Qu'elle soit réalisée en France ou en Angleterre, elle contient des règles strictes à respecter pour que la chasse se fasse dans le respect des animaux.

La chasse était – et est restée – une coutume importante où les traditions devaient être appliquées à la lettre et les chevaux tenir une place primordiale dans ce processus. Le coursier, dont nous avons parlé précédemment, était favorisé au destrier pour sa condition physique et son prix, qui était bien moins élevé. Les parties de chasse avaient un rôle important dans les interactions sociales entre individus. En effet, il était quasiment obligatoire de participer à ces évènements pour montrer sa noblesse et se faire un réseau.


Illustration d'une Chasse à Courre

Illustration représentant une chasse à courre – Paolo Uccelo


LES CHEVAUX SUR LE CHAMP DE BATAILLE

Je vous ai déjà beaucoup parlé de la place des chevaux sur les champs de bataille lors du sous-chapitre consacré au destrier. Mais il y a quand même quelques informations supplémentaires à ajouter.

Comme expliqué plus haut, le destrier fut démocratisé lorsque les européens commencèrent à utiliser une cavalerie lourde. Les civilisations de l'Est utilisaient encore des cavaleries légères chevauchées par des archers – nommés archers composites.

Les chevaux portaient également une armure au combat appelée “Barde”. Cette armure recouvrait la tête et quelques parties du corps du cheval ; elle a joué un rôle crucial dans la sécurité des chevaux sur le champs de bataille.

Les deux races de chevaux les plus utilisées sur le champ de bataille étaient les roncins et les coursiers qui coûtaient beaucoup moins chers que les destriers (environ trois fois moins). Les destriers étaient réservés aux chevaliers les plus aguerris.

Malgré tous les hauts faits qu'ils nous ont permis de réaliser, les chevaux furent de moins en moins sollicités suite à l'arrivée de la poudre à canon en Europe au XIIIe siècle.


Illustration d'archers composites

Illustration représentant une armée d'archers composites – XIVe siècle


III - LE CHEVAL ET SON CAVALIER

LA MUTILATION ÉTAIT UN DÉSHONNEUR

Pour comprendre à quel point le cheval était important au Moyen Âge, il est crucial de se rappeler d'un point : mutiler le cheval d'un chevalier était un véritable affront (plus important que de mutiler le chevalier lui-même). Je ne vais pas donner trop de détails sur ce point, car il serait facile de tomber dans une description sordide.

Mais pour faire bref, mutiler une partie du corps d'un cheval et l'envoyer à son cavalier était une manière d'insulter (fortement) la virilité de son propriétaire. C'était aussi un moyen de se venger, comme l'indique saint Thomas d'Aquin (1225-74) : “La vengeance est exercée sur les animaux muets et toutes les autres créatures irrationnelles, car c'est ainsi que leurs propriétaires sont punis.”

D'après certaines sources, ces pratiques viendraient d'anciennes traditions scandinaves, où il était courant de le faire pour rabaisser un adversaire et/ou un ennemi. Bien que barbares et atroces, ces châtiments montraient à quel point le cheval tenait une place importante dans l'estime des Humains. Attaquer le cheval de quelqu'un représentait un réel déshonneur et attaquait, par la même occasion, la réputation de son propriétaire – laquelle tenait une place fondamentale dans la société médiévale.


LES LIENS ENTRE LES CHEVAUX ET LES HOMMES

Les chevaux et les Hommes avaient une relation privilégiée. Pline l'Ancien documentait la nature des chevaux de guerre dès le premier siècle. Il commentait : “Plusieurs histoires sont racontées sur des chevaux qui ne laissaient que leur maître les monter, qui défendaient leur cavalier au combat ou qui pleuraient la mort de leur maître.”

Ce texte à propos de la relation entre le cheval et l'Homme ajouté à ce que nous avons évoqué plus tôt (concernant le déshonneur d'avoir son cheval mutilé) montre à quel point le lien entre un cheval et son cavalier est fort au Moyen Âge.

Au Moyen Âge, il y avait une croyance commune relatant que le cheval savait reconnaître son ennemi et attaquait de lui même son adversaire. D'ailleurs, beaucoup d'auteurs/penseurs – car oui, il y avait des penseurs au Moyen Âge – comparaient les chevaux et les Hommes, n'hésitant pas à les mettre au même niveau.

Barthélémy l'Anglais, par exemple, écrivait dans le De Proprietatibus Rerum : “Et beaucoup de chevaux pleurent quand leurs seigneurs sont morts. Et on dit que les chevaux pleurent de chagrin, comme le fait l'Homme...”


Illustrations de cavaliers avec leur cheval

Exemple de cavaliers accompagnés de leur cheval – Photo par Rama


IV - LES CHEVAUX ET LA NOBLESSE

UN MOYEN D'AFFICHER SA RICHESSE

Le cheval était, avant tout, un très bon moyen d'afficher sa richesse et d'exposer sa noblesse. Le prix d'un cheval ou de sa location pouvait, en fonction de la race à laquelle il appartenait, monter de manière drastique et tout le monde ne pouvait pas se payer un tel luxe.

Les nobles étaient pleinement conscients de l'image que renvoyait le fait d'avoir un beau cheval et aimaient en jouer. C'est sans doute un facteur qui a grandement contribué à construire la réputation du cheval comme celle d'un animal noble, resplendissant et élégant – réputation qui est toujours d'actualité !

L'écrivain médiéval Giordano Ruffo pensait en son temps : “Aucun animal n'est plus noble que le cheval, car c'est par le cheval que les princes, les magnats et les chevaliers se séparent des gens ordinaires et parce qu'un seigneur ne peut être regardé comme il se doit par ses vassaux si ce n'est par l'utilisation d'un cheval.”

Les paroles de Giordano Ruffo sont claires, avoir un cheval est un moyen de se démarquer des petites gens – comme si l'on se baladait avec une voiture de sport ou un coupé cabriolet de nos jours. Nous pouvons quasiment dire que le cheval était plus important que certaines personnes plus ordinaires durant cette époque !

→ Aussi étrange que cela puisse paraître, Giornado Ruffo, alias Jourdein Ruf (en vieux français) était déjà vétérinaire au Moyen Âge ! Il a écrit une série de livres expliquant comment bien s'occuper d'un cheval.

Photo d'une selle et de Laurent de Medicis

Photo d'une selle ornée accompagnée d'une fresque représentant Laurent de Médicis – Photo par Ealdgyth


VOYAGER DANS LES MEILLEURES CONDITIONS

Les nobles avaient pour habitude d'utiliser les chevaux pour voyager et naviguer dans les villes (y compris les plus petites). Ils utilisaient des calèches tractées par des chevaux de trait pour effectuer la majorité de leurs actions extérieures.

Nous pouvons par exemple, parler des cours royales qui se déplaçaient entre les domaines ou encore les ecclésiastiques – membres de l'Église qui faisaient autorité pendant cette époque – se rendant dans leurs lieux de cultes ou en pèlerinage avec l'aide de calèches. Plus largement, les diplomates et les soldats utilisaient aussi les calèches pour traverser de longues distances lors de leurs voyages au travers de l'Europe.

Pour la noblesse, les voyages étaient un excellent moyen de montrer sa richesse. Les nobles s'accompagnaient d'attelages de chevaux précieux et de suites luxueuses. Par exemple, en 1445, l'écurie de la maison royale anglaise ne possédait pas moins de 60 chevaux et 186 chariots.


Illustration d'un roi transporté par des chevaux

Peinture représentant Charles V transporté par des chevaux – Jean Fouquet


V - LE CHEVAL DANS L'ART ET LA CULTURE

LES RÉFÉRENCES AUX CHEVAUX DANS LA BIBLE

En vérité, bien qu'ayant une place très importante dans la vie des Hommes au Moyen Âge, le cheval n'est pas souvent mentionné dans la Bible. Hors son utilisation pour la faire la guerre, la Bible ne parle pas du cheval comme d'un moyen de transport ou d'une aide agricole.

Il y a quand même une référence aux chevaux dans le chapitre 39, versets 19 et 20 du livre de Job : “Est-ce toi qui donnes la puissance au cheval et habilles son cou d'une crinière flottante ? Le fais-tu bondir comme la sauterelle ? Son fier hennissement est source de terreur. Il trépigne dans la vallée et se réjouit de sa force, il s'élance au-devant des armes. Il se moque de la peur, il n'est pas effrayé, il ne recule pas devant l'épée.”

Cette description, bien qu'étant l'une des rares faisant référence au cheval dans la Bible, montre à quel point nous portions les équidés en haute estime pendant le Moyen Âge et l'Antiquité. La réputation du cheval était celle d'une bête puissante et, bien souvent, plus courageuse que l'Homme !


L'INFLUENCE DES CHEVAUX EN EUROPE

Les chevaux tiennent une place importante dans la vie des humains lors du Moyen Âge ; cette place est souvent plus importante que celle de certaines personnes, surtout dans les yeux de la noblesse, pour qui avoir un cheval était un moyen efficace de montrer sa richesse. Vous devez vous en douter : il a grandement influencé l'art, les croyances et la culture de cette période.

Le cheval a forgé sa réputation grâce à ses capacités hors du commun pendant toute l'Antiquité et le Moyen Âge. C'est un animal remarquable, qui a marqué l'histoire et la culture de toutes les époques grâce à sa fougue et son courage.

Il est présent dans une myriade d'oeuvres d'art. Que ce soit par le biais de la licorne, du Pégase ou encore sous sa forme la plus simple, le cheval a su imposer son élégance dans les peintures et les sculptures de l'époque.


Peinture montrant Saint Georges tuer un Dragon

Saint Georges tuant un dragon avec l'aide de son cheval – Paolo Uccelo


MYTHES ET LÉGENDES ANTIQUES

Dans l'Antiquité, nous pouvons citer le Pégase, étalon ailé, fils de Poseidon dont nous avons parlé dans un article précédent. Citons également les centaures ou encore Chiron. Il est important de parler de l'Antiquité dans cet article car le Moyen-Âge en est la suite logique. Elle a grandement inspiré celui-ci, qui a basé son savoir et sa culture sur ce qu'elle avait entamé à son époque. Contrairement à ce que les croyances populaires avancent, les français et les anglais avaient accès aux écrits (et donc, à la culture) des grecques.


ÊTES-VOUS PASSIONNÉ D'ÉQUITATION ?

Cet article est à présent terminé, l'équipe de Cheval Royal et moi-même espérons que vous avez trouvé toutes les informations que vous cherchiez. Si les chevaux vous passionnent, n'hésitez-pas à faire un tour dans notre boutique en ligne spécialisée dans la thématique des chevaux !


Publicité pour un Bracelet Fer à Cheval


Pour rester transparent avec vous, je vous donne les sources dont nous avons, en grande partie, tiré nos informations : UKessays (UK, 2018), Wikipédia 123.


Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être affichés

Newsletter

Découvrez des anecdotes sur nos meilleurs amis ! 🐴